Le mensonge : La vérité sort de la bouche des enfants
Par Redacteur le dimanche 3 janvier 2010, 20:13 - Parentalité - Lien permanent
Le mensonge, par Amélie Gahete
Le mensonge (1) La vérité sort de la bouche des enfants
"Mentir est donner pour vrai ce qu'on sait être faux ou nier ce qu'on sait être vrai". (Larrousse) Or, mentir c'est savoir que l'on transforme ou que l'on dénature la réalité.
A quel âge peut-on dire dire qu'un enfant ment ?
Il y a plusieurs années, dans une formation d'assistantes maternelles, une stagiaire a apporté le cas d'une petite fille âgée de 4 ans. La professionnelle était inquiète, l'histoire durant depuis plusieurs semaines, et elle se faisait également l'écho de l'inquiétude des parents. L'enfant avait.. un cheval bleu. Le soir, à table, elle demandait une place pour son cheval, emmenait dans sa chambre un morceau de pain au cas où le cheval aurait faim durant la nuit, partait le matin à la maternelle en tendant la main dans le vide, tenant une supposée longe pour le cheval bleu, qui bien sûr, entrerait avec elle dans la classe.
Les jours passant, parents et assistante maternelle ont essayé de raisonner l'enfant : - Tu sais bien que tu n'as pas de cheval bleu, n'est-ce pas ? Question ou affirmation, selon les humeurs des adultes, qui déclenchait alors une colère insurmontable, ou une crise de larmes aussi rageuse que désespérée.
La question des parents comme de l'assistante maternelle était : - Cette enfant est-elle folle ? Faut-il consulter ? Ment-elle ? Les uns pensaient qu'elle faisait tourner son monde en bourrique, cousine du cheval, les autres craignaient qu'elle soit en train de développer on ne savait quelle pathologie. Père et mère redoutaient le moment du diner et du coucher, finissant par haïr l'animal et le mot cheval, sous toutes ses formes. L'assistante maternelle oscillait entre inquiétude et énervement, en raison de son impuissance à "raisonner" l'enfant. Une professionnelle peu délicate avait dit à la petite fille : - C'est mal ce que tu fais, de raconter une telle histoire. Tu es une menteuse.Et lorsque tu racontes ce mensonge, tu fais du mal à tout le monde.
Nous avons convenu d'emprunter une position, de la part de tous, qui soit dans la banalisation. Cette petite fille n'avait pas de frère et soeur, pas de doudou. Elle avait par contre un cheval. Bleu. Quelques semaines plus tard, un soir, l'enfant a annoncé que le cheval était malade. Il faisait de la température, ne voulait plus manger. Quelques jours plus tard, l'enfant s'est assise à table et n'a pas emmené dans sa chambre le quignon de pain. Les parents, lors du rite du coucher, on alors appris que le cheval bleu... était mort. Leur enfant leur apprenait la nouvelle, sans drame. Un constat. Et elle a continué sa route de petite fille. Je l'ai revue depuis, elle a grandi, ne se souvient pas de son cheval bleu. Il est passé dans le registre des anecdotes et récits plus ou moins légers qui constituent l'histoire et l'album de toute famille.
Ce qui peut nous amener, calmement, à penser que l'enfant que nous croyons en position de mensonge, est simplement, durant les premières années, dans un monde imaginaire. Il n'a pas acquis ou peu les critères de moralité, pas plus qu'il n'a cerné la frontière entre ce que l'on rêve et ce qui existe. Sachant qu'après tout, ce que l'on rêve a une réalité. Il est possible que cette petite fille se fâchait ou se désespérait parce que, confusément, elle faisait bel et bien la différence entre avoir un cheval bleu, se raconter et vivre passionnément cette histoire et le fait de mentir, qui généralement a pour but de tromper l'autre. Or, dans cette histoire, elle ne trompait personne, au sens de trahir, rouler, gruger.
Chez les enfants, et ce durant quelques années, les notions d'imaginaire et de réalité sont étroitement liées. Si l'enfant n'a pas la maturité qui lui permet d'avoir une idée assez précise de ce qu'est la réalité, il prendra son rêve pour du réel. Nous devons aussi tenir compte du fait que l'imaginaire, chez l'enfant, est bien plus grand que son capital d'élaboration et sans comparaison avec sa capacité à maîtriser le langage.
On peut penser que vers 4-5 ans, l'enfant commence à distinguer ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas lorsqu'il parle. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il est dans le mensonge. Et s'il ment, au sens où nous le concevons, il n'a pas forcément conscience que sa parole est un mensonge : de cela dépend l'éducation qu'il reçoit, du vocabulaire qui circule, qu'il a acquis, et de la force de ce qui est moralement acceptable ou pas, cette notion pouvant lui être transmise plus ou moins, selon les adultes qui l'entourent.
Avant de parler de mensonge, peut-être cela vaut-il la peine de nous poser toutes ces questions.