UNE EPARGNE QUI VAUT SON PESANT D'OR

En sachant dire "Non" vous offrez à votre enfant une épargne qualitative qui n'a pas de prix. Parce qu'il saura qu'on ne parle pas n'importe comment aux autres, qu'on ne marche pas n'importe où dans la rue, qu'on remercie sans que ce soit un signe de faiblesse, que rien ne lui est dû.

Il aura intégré au fil du temps qu'il existent des choses impossibles, et d'autres strictement interdites. Jusqu'à preuve du contraire, seuls les parents peuvent transmettre ce capital à leur enfant.

Pourquoi ? Parce que vous êtes son modèle, son héros. Parce qu'au fond, pour rien au monde il ne voudrait vous déplaire.

QUESTION D'UNE MAMAN : LORSQUE MON COEUR BALANCE

Je me pose une question : Souvent, nous savons dire "non", et parfois, nous sentons que ce "non", puisque vous parliez de le dire avec conviction, est un peu ..léger... Nous sommes prêts de céder. Je pense à des circonstances où l'enjeu est de peu d'importance, la demande de l'enfant par exemple, nous embête, parce qu'on est pressé, mais l'on pourrait aussi bien dire oui que non.

Dans ce cas-là, ne vaut-il pas mieux dire "OUI" plutôt qu'un faux"non" mal assuré ?

Un papa, Francis, ajoute : - Un faux "Oui" alors ?

(ce qui fait rire les parents)

Dans cet exemple, il y a peu de dommages à dire "Oui" ou à dire "Non". L'objectif est de ne pas ajouter des "non" pour rien, qui fatiguent tout le monde. Peut-être qu'en disant "oui", vous serez moins pressée qu'en engageant un conflit.

Peut-être est-il bon de se souvenir que nous avons accordé à l'enfant ce qu'il demandait, parce que lui se le rappellera et pourra peut-être, redemander la même chose, dans le même type de circonstances, usant ainsi du fait de votre fatigue ou du sentiment d'être pressée que vous ressentez.

Souvenons-nous aussi que les touts petits n'ont pas la même notion du temps que nous. L'enfant ne se souviendra peut-être pas de la situation exacte, concrète, mais se souviendra parfaitement d'une posture que vous avez eue : Maman a eu le coeur qui balançait, et son oui et son non jouaient à tape-cul.

Un peu plus grand, certains dès 3 ans, d'autres plus tard, l'enfant vous en parlera : - Oui mais l'autre fois, t'avais dit oui.

Il faut juste être claire à ce sujet, dans votre esprit. Mais ce n'est pas un risque monumental. Cela fait partie du jeu de la relation et de l'éducation.

Le "non" peu convaincu, est celui du parent qui retrouvant l'enfant en fin de journée, à l'école, va expliquer : - Je ne vais pas t'acheter un gâteau maintenant, tu sais, nous allons diner vite.

Mais cette phrase, prononcée devant d'autres adultes, est presque faite pour montrer bonne figure, et nous sentons, dans le ton de la voix, que dès la première boulangerie croisée, le gâteau arrivera dans les mains de l'enfant.

C'est une affaire de nuances.

MAIS PUISQUE J'AI DIT : N.O.N !!!!!

Quand il nous semble que nous devons dire "Non" avec une tonalité de 10 sur l'Echelle de Richter :

Nous ne sommes pas obligés d'être sec ou de crier pour afficher un "non". Après, selon notre caractère, l'enfant va s'acclimater. Certains adultes sont "pétards", d'autres sont de tempérament très posé.

Dans les deux cas, on peut apprendre un peu à moduler notre caractère si l'on sent que l'enfant, selon le sien, réagira mieux à une voix posée ou très ferme.

Quoi qu'il en soit, la colère est mauvaise conseillère et les cris perpétuels n'ont plus valeur d'efficacité.

Je vais redonner l'exemple de cette maman italienne, qui hurlait du soir au matin, la grande menace finale étant : - Yé vé té touer !!! Et l'enfant que j'étais se précipitait pour dire à ma propre mère : Mme A... va tuer un de ses enfants !!!

Et bien cette mama italienne était ainsi, parlait ainsi, et sur ses 12 enfants, aucun n'aurait eu, comme moi, l'impression qu'elle allait commettre un terrible passage à l'acte. Parce qu'ils connaissaient leur maman à eux.

Dire "non", ce n'est pas inscrire une colère. La voix et le regard doivent suffire à ce que l'enfant comprenne que nous ne cèderons pas. Et que nous ne sommes pas en colère après lui. Nous avons dit "Non" à sa demande. C'est tout. Au besoin, nous expliquons pourquoi.