LES BORNES DES LIMITES :

"Un homme en colère est un homme qui n'a pas su dire non et nourrit sans cesse le remords de ne pas l'avoir fait."
(Tahar Ben Jelloun)

Nous retrouvons dans cette phrase la culpabilité : Celle de ne pas savoir dire non à nos enfants, et la colère, parfois : Celle d'en vouloir à cet enfant d'avoir créé une situation compliquée, d'autant plus si nous avons du mal à la gérer.

Nous sommes adultes et pourtant, arrivés à un certain âge, nous avons encore des difficultés à dire "non" : A notre supérieur, à des amis, aux voisins, au compagnon ou compagne.
Et cette impossibilité nous fait même parfois mentir pour éviter d'affronter notre lâcheté.

Or avec l'enfant, savoir dire "non" sert à lui donner un cadre en soulignant notre autorité.
L'enfant en a besoin.

Nous voyons des enfants, qui ont un lien aux parents si marqué par le défaut de règles, la foison de "oui" permissifs, qui en viennent à développer de sérieuses difficultés psychomotrices, comme si le corps en venait à être déséquilibré lui-même faute d'avoir un équilibre interne, balisé par la loi parentale.

Dire non c'est marquer votre limite, c'est donc recadrer la liberté de l'enfant.

Ces limites peuvent être de l'ordre alimentaire -ne pas prendre ou ouvrir le réfrigérateur sans avoir demandé-;
Elles peuvent être comportementales -Une maman tolère que sa fille se fâche, mais refuse clairement que l'enfant lui crache dessus-;
Elles peuvent être relationnelles : - Je t'interdis de parler de cette manière à ma femme, (ou à ta maman).


TOUCHE PAS A MON CORPS, TOUCHE PAS A MES REVES

Savoir dire non, pour les parents, va permettre à l'enfant d'apprendre, à son tour, à dire non.

Au tout début, je pense aux enfants entre 1 et 4 ans environ - plus exactement de 18 à 24 mois-, ils vont d'ailleurs dire non à tout bout de champ, y compris et surtout mal à propos.

Exemple : - Tu veux des petits pois ?    - : NON !
(alors qu'il s'agit de son plat préféré).

Cette période va passer peu à peu, l'enfant ayant essayé plus ou moins judicieusement de vérifier que son "non" peut aussi avoir un impact.

En sachant que vous êtes capables d'opposer votre volonté, l'enfant va apprendre aussi la grande marche sociale : Nous pourrions donner l'image de la rue, sur laquelle on ne marche pas, et des trottoirs, qui sont autant de repères et de balises.
L'enfant à qui l'on dit "non" se sent sécurisé, il n'est pas perdu, bras ouverts ne tenant rien, dans l'immense forêt de la vie.

Le "non" aide l'enfant à savoir devenir volontaire, audacieux, mais pas inconséquent.
Il lui sert à pouvoir argumenter sans être insolent.
C'est un apprentissage compliqué, qui demande des années, mais il est constructif pour l'assurance en lui et son autonomie.

De la même façon, lorsque l'enfant sent une contradiction, un paradoxe, entre la parole du père et celui de la mère, cela provoque une anxiété chez l'enfant.

Même s'il joue de la faille, en venant vous dire :
-Papa, Maman veut bien (ou le contraire).
Certes, nous pouvons en sourire, mais si la scène est trop fréquente, au fond, l'enfant ne saura plus, alors, sur quoi s'appuyer pour avancer.

Il peut aussi en arriver à penser que le "non" ou le "oui" d'un des parents n'a guère de valeur.

Il tentera de toute manière, de créer alliance avec celui des deux qui accorde les choses plus facilement.
Simplement parce que l'enfant est en recherche de plaisir immédiat et vivant d'imaginaire.

Ce sont les parents, ensuite, qui en concluent, par exemple, que leur enfant préfère l'un du couple parental, ou qu'il est malheureux avec nous parce que nous sommes celle ou celui qui marquons la loi en permanence.

Si l'enfant connaît les règles de la maison de ses parents, il n'est pas égaré. Même si, dans d'autres endroits, les interdits et permissions sont différents.