LA VIE POUR L'ENFANT EST SOUVENT INJUSTE

Un grand-père prend la parole en affichant clairement son esprit de contradiction (nous avons l'habitude et l'estimons toutes et tous pour ses remarques, qui donnent toujours de quoi penser. Ce grand-père, encore bien jeune, alimente à chaque rencontre son esprit de contradiction, avec des arguments toujours intéressants, et ce, avec humour).

- Je trouve que nous disons trop souvent "non" aux enfants : Tu dois bien te tenir, non ne prends pas ta fourchette ainsi, non tu ne pars pas sans dire au revoir, non je te reprends le cadeau si tu ne dis pas merci à ta tante.....

Ce sont des "non" continuels du matin au soir, à tout va. Alors je contredis tout à fait vos propos. Un enfant, ça doit être dans le plaisir, le désir. Finalement, toute la société cherche à fabriquer des gens très petits, dociles, obéissants. On en arrive à avoir des enfants éteints parce qu'on leur refuse tout sans arrêt, surtout à l'école.

Le but de l'école n'est pas de dire "non" et d'interdire, mais d'apprendre à apprendre, d'apprendre à aimer être curieux, de confronter ses savoirs et son intelligence à ceux des autres, de partager et de chercher ensemble, réussir, trouver, râter.

Pour ce faire, quelques règles sont indispensables, comme l'exige toute vie en groupe. Pas moins, mais pas plus.

Nous sommes tous de l'avis que nos enfants, dès 8 mois environ, entendent des "Non".

Parce qu'ils sont dans la découverte et que nous nous devons par exemple, de leur interdire ce qui serait dangereux, ou de manipuler ce qui nous est précieux, de ne pas tirer sur la nappe pleine d'assiettes lorsqu'ils se tiennent debout.

Mais ces "Non" ne l'empêcheront nullement de grandir, d'appréhender petit à petit ce à quoi il a droit de goûter, ce qu'il peut toucher, mettre en bouche. C'est une affaire d'accompagnement.

Ce "Non" ne fait pas un enfant docile, au contraire, il lui offre mille autres possibilités qui lui permettent de faire ses découvertes dans un espace sécure, avec un adulte qui lui permet d'explorer tel placard de la cuisine parce qu'il est rempli de récipients en plastique mais lui interdit d'ouvrir celui d'à côté parce que celui-là contient des objets trop lourds ou des paquets de lentille qu'on a pas envie de récupérer à la main ou dans la bouche du petit.

Il est aussi des "non" qui sont : - Je ne veux pas parce que tu peux mourir, je ne veux pas parce que c'est "mon" objet, je ne veux pas parce que j'ai peur. Il n'y a aucun mal à dire "non" pour ce type de motifs. Et fait est que petit, l'enfant entendra ses "Non" très souvent.

Nous pouvons constater qu'entre la crèche (ou la nounou) et l'école, l'enfant va, dans cette école, apprendre un tout petit peu plus de règles. Mais il a acquis le minimum de maturité pour les supporter. Cela n'a rien de traumatisant.

Notre grand-père amical : - Oui, c'est ce que j'appelle les interdits sociaux.

En effet, mais ces interdits sont vitaux pour initier l'enfant à vivre, plus tard, en collectivité, à se comporter correctement dans la rue, à respecter autrui, y compris les horaires, incontournables.

Francis (un papa) :

- Nous leur donnons aussi des droits à l'anarchie, à la participation, à l'initiative, et cela renforce et les "Oui" et les "Non. Et les enfants en posent aussi des "non", qui construisent.

Le grand-père amical :

- Oui mais on leur demande de se taire.

Ici, il faut bien entendre que dans une classe de maternelle voire de primaire, l'institutrice ne dit pas : - Taisez-vous (le "Non" insidieux) c'est moi qui parle !

Le mouvement scolaire est très doux. C'est un rythme adapté, selon les âges, selon les apprentissages à acquérir, qui du reste, ne sont pas forcément des corvées pour les enfants.

Le grand-père amical : -Je ne parlais pas tant de la maternelle que des classes, bien bien plus tard.

Là aussi, je dis à ce grand-père que ce problème est le même à la maison : si à partir de 10 ans, et durant l'adolescence, l'enfant n'a jamais été confronté à un refus, que ce soit alors au collège ou dans le sein de la maison, les parents seront remis fortement en question et le pré-adolescent ou l'adolescent, qui n'aura pas acquis ce capital, sera lui-même débordé, vous opposant tout seul et de lui-même des "Non" intolérables.