Le doudou : où va le doudou ?
Par Redacteur le vendredi 5 mars 2010, 09:28 - Parentalité - Lien permanent
Où va le doudou ?, par Amélie Gahete
Le doudou : où va le doudou ?
Le doudou à l'école
Quelques directrices d'école ont posé la question. Le débat s'engage parfois.
L'école maternelle, comme son nom l'indique, est un passage de vie entre la maison et l'école obligatoire. Durant deux à quatre ans, l'enfant apprendra, à l'école maternelle, à grandir au milieu de sa génération. Il y apprendra à patienter, se réjouir, partager, à découvrir une foule de choses qui le passionneront. Et grandir, suivre le rythme, c'est fatigant. Une bonne fatigue, certes, mais une fatigue. Sans le réconfort des parents, des bras, de la voix.
Alors, si, au moment de la sieste, l'enfant peut paisiblement se laisser aller au sommeil sans anxiété, avec un doudou collé au visage, dans le cou ou serré dans une main, il aura l'assurance qu'il peut parfois être encore petit, et cette promesse lui donnera des ailes pour avoir moins peur de devoir grandir.
Un jour, un copain perdra son doudou, un autre le délaissera volontairement et au fil des jours, les uns et les autres n'auront plus besoin de cette chose informe qui sera devenu inutile. Souvent, lorsque l'on ne sait plus bien deviner ce qu'était le doudou à l'origine, c'est l'annonce de la fin de son voyage....
Accepter l'enfant avec son doudou ne fait de tort à personne ni ne fera régresser l'enfant, bien au contraire. L'école peut très bien expliquer aux enfants que le doudou est là, dans un petit sac ou sous l'oreiller, qu'il le retrouvera à la sieste.
Accepter l'enfant avec son doudou, c'est une manière de ne pas se démentir et de lui montrer que l'école porte bien son nom en se disant... maternelle.
La tétine
La tétine, le biberon pour certains, sont aussi des doudous. On peut très bien, en douceur, sans aucune forme d'acharnement, expliquer à l'enfant que s'il parle la tétine en bouche, on ne peut pas communiquer. Tout simplement parce que ses mots sont incompréhensibles. La plupart du temps, on voit alors l'enfant retirer la tétine et se mettre à parler -même s'il reste incompréhensible parce qu'il maîtrise mal le langage. Mais peu peu, il comprend que parler, user de sa langue et de ses lèvres et en faire sortir des sons que les autres comprennent, est une autre forme de plaisir.
C'est ce constant va et vient, ce jeu, qui amènera l'enfant à découvrir un doudou particulier et universel qui le suivra toute sa vie : le langage. Voilà quelque chose que Françoise Dolto avait fort bien expliqué. Parce que le langage est ce qui nous permet de rester attaché à l'autre -mots d'amour- de s'en détacher -mots d'explication ou de rupture -, de créer des liens, d'être en relation, d'affirmer ses choix et de nommer ses désirs.
Doudou : durée de vie
Il y a des enfants qui abandonnent leur doudou à la faveur d'un oubli, d'une perte, d'un événement -déménagement, changement d'endroit, par exemple un lieu de vacances- au bout de deux à trois ans, et ce très spontanément.
D'autres tiennent à leur doudou comme à un bijou de famille -c'en est un si l'on y réfléchit bien puisqu'il provient des parents- et le dissimulent dans leur sac de voyage lors du départ en première classe de découverte. Certains ne veulent pas partir en classe verte avec les copains et finissent par avouer après mille prétextes plus extravagants les uns que les autres qu'ils craignent les moqueries au cas où les copains, la maîtresse, découvriraient l'objet. Et puis ils s'aperçoivent qu'un certain nombre, même à 7, 8 ou 9 ans, tiennent encore, comme eux, à s'endormir avec un bout de chiffon ou un poupon.
D'autres, des adolescents ou des adultes, ont encore un nounours, un mouchoir, soit visiblement exposé soit pudiquement dissimulé dans un coin de la table de nuit. Il peut y avoir des tas de raisons pour lesquelles un doudou a une durée de vie plus longue qu'un autre. Et si sa fonction est celle d'une réparation affective... pourquoi pas...
Histoires de doudou :
Une couverture de 60 cm sur 1,20 m que l'enfant traînait chaque matin à la crèche. Trois ans plus tard, la petite fille est entrée à l'école maternelle avec un morceau équivalent à une écharpe, la couverture s'étant usée d'elle-même au fil du temps. Et c'était moins voyant.
Un tee-shirt, non lavé, portant l'odeur de la maman. Lavé tout de même de temps en temps grâce à ces ruses que seuls les parents savent inventer, et le doudou a fini par ressembler au bout de 2 ans à une sorte de charpie grisâtre mais incroyablement douce.
Une tétine oubliée chez les grands-parents un dimanche. Arrêt en pharmacie sur la route : sauf que l'objet n'avait pas la même forme et les lèvres, les dents, le palais de l'enfant ne s'y laissaient pas tromper. Le papa a pris la voiture et visité tout un quartier de paris en pleine nuit pour trouver une pharmacie de garde qui avait "la" tétine, la siamoise, la même.
Une taie d'oreiller de la maternité, qui accompagnera l'enfant durant quatre ans pour finir dans le caniveau, un soir d'hiver plein de colère, parce que sa maman ne voulait pas qu'il descende de la poussette pour traverser la rue tout seul . L'enfant n'a plus jamais réclamé le doudou et quelques jours plus tard, après une sorte de médiation à trois, l'enfant a appris à traverser la rue.
Des parents "pour" le doudou mais "contre" la tétine. Mais leur fille est admise en réanimation à l'âge de 2 mois, y restera 2 mois, puis une fois à la maison, sera malade de ci, de là, durant plusieurs années. En réanimation, pour des raisons techniques -nécesssité de la faire saliver en raison des sondes- un médecin lui donnera une tétine. Cette petite fille a gardé sa tétine jusqu'à l'âge de 7 ans, nullement gênée de l'utiliser quand bon lui semblait, même sous les regards narquois, ahuris ou très critiques de certains adultes. En primaire, elle allait en classe, faisait sa vie d'écolière et le soir elle récupérait l'objet et s'endormait avec, indifférente aux moqueries des copines. A 8 ans, elle l'a rangée sur une étagère. La tétine y est encore et la petite fille en a 18. Elle est capable de prendre une tétine dans sa bouche et de lui faire faire un tour de 360° avec la langue sous le regard ébahi des propriétaires de tétines qui tentent de réaliser cette prouesse. Elle a longtemps appelé sa tétine "mon doudou de survie".
Il n'y a pas de mal à se faire du bien lorsque cela ne fait de mal à personne.