CAPRICE C'EST FINI !

Définition du caprice : Envie, désir soudain et irréfléchi, inconstant, lié à l’humeur, à la fantaisie.

Trop souvent utilisé comme mot-valise, le caprice devient le mot fourre-tout dans lequel les parents enrobent les comportements de leurs enfants.

Beaucoup de parents disent : - Il me fait des caprices sans arrêt.

Cependant il arrive que l'enfant ait simplement une demande un peu surprenante ou fantaisiste.

Je pense à un petit de 2 ans et demi, fasciné par un très gros livre sur l'étagère, et il voulait CE livre-là, qui en fait, était un dictionnaire. Cette demande, il l'a dite, répétée, s'est mis en colère, cela a duré des jours et des jours. Mais je ne suis pas certaine que cela était un caprice, je suis même sûre du contraire. C'est ce livre qu'il voulait, personne ne comprenant qu'un enfant de cet âge veuille un livre comme celui-là. Après tout, pourquoi pas ?

Le caprice, cela pourrait être le fait que l'enfant veuille absolument le camion rouge sur lequel un autre enfant est assis.

Vous lui proposez d'attendre, il ne veut pas, vous l'invitez à prendre le camion bleu, il refuse. Mais c'est un petit peu plus compliqué que cela : L'enfant ne veut pas particulièrement le camion rouge, malgré les apparences, il veut prendre le plaisir qu'il voit dans les yeux de celui qui est sur le camion.

Accordons-nous pour dire puisque le mot existe, que le caprice est une demande de plaisir même fugace, que l'enfant exprime et il entend avoir ce plaisir, un objet, à manger, etc... maintenant, tout de suite. Il n'y pas de délai, c'est un mouvement d'humeur immédiat. Et le caprice est une demande qui se transforme en exigence, en ordre donné.

Prenons cet exemple :

- "Je fais d'abord les courses et puis nous verrons ensuite."

L'enfant n'entend pas les explications, il reste sur son terrain de réclamation, et va la revendiquer de plus en plus fort ou spectaculairement (hurler, se rouler par terre, jeter des jouets) jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il a demandé.

Si nous voulons aider nos enfants à grandir, nous devons tout d'abord considérer que NOUS aussi, faisons des caprices.

Evidemment, nous sommes adultes, cela se voit moins ou ne s'exprime pas de la même manière.

(Ici, à main levée, je demande qui admet faire des caprices et la moitié des parents lèvent la main, moi incluse, mais.. tout le monde rit !).

Je donne l'exemple de la fin du mois, de la petite paire de chaussures ravissantes et soldées, avec le dialogue intérieur : - Tu ne peux pas te le permettre, tu attendras le mois prochain. - Oui mais le mois prochain, les chaussures ne seront plus là. Elles ne sont vraiment pas chères, c'est une bonne marque et ce sont exactement celles que je voulais. - Oui mais tu vas te sentir coupable.

- Et bien tant pis ! Mais je serai tellement contente !

Et la paire de chaussures finit dans un sac que nous portons avec la face d'une gamine qui a fait une bêtise mais qui ressort du magasin hilare.

On peut tout à fait imaginer possible, sans entrer dans les détails, de dire à l'enfant : - Je ne peux pas t'acheter ceci maintenant, je n'ai pas assez d'argent.

QUAND LE CAPRICE DEVIENT UNE MONNAIE D'ECHANGE :

Le mari veut regarder le match de football, vous aviez envie de voir le film policier. Finalement, il gagne de voir son match, et vous promet en échange de vider les poubelles et de terminer le nettoyage de la cuisine.

(les parents éclatent de rire et un papa lance : - Je ne sais pas pourquoi je me reconnais un tout petit peu).

Pour un enfant c'est exactement la même chose, sauf que le dialogue intérieur dont j'ai donné l'exemple, il ne peut pas se le tenir, parce qu'il n'a pas les mots, la sagesse, le recul et la maturité et c'est normal.

Ainsi dans le rayon du magasin il va vous demander les bonbons en vous disant que c'est parce qu'il a faim. Parfois, même en expliquant que s'il a faim c'est autre chose que de bonbons, l'enfant ne cède pas, et vous finissez par lâcher prise, lui achetant les bonbons.

Soit pour avoir la paix, soit pour ne pas vous confronter au regard des autres dans le magasin.

Malgré cela le pire, est que ce regard des autres sera de toute manière malveillant : - Si vous cédez, vous êtes un parent démissionnaire, si vous vous fâchez, vous êtes trop sévère, on imagine même que vous seriez capable de lui donner une fessée, quelle affaire ! Si vous discutez, vous êtes une maman bien trop souple, etc....

Une des solutions est de s'enfermer dans une bulle où n'existent que votre enfant et vous, d'oublier tout le reste alentour : le décor, la profusion de marchandises, le bruit, les gens. Parce que les enfants sont des éponges (ont de très efficaces antennes à sentiments) et si le votre vous sent un peu tiraillé par la gêne, la honte, c'est-à-dire absent à lui, il se faufilera dans la brêche de votre faiblesse. Et ce, sans aucun calcul, mais juste parce que : C'est un enfant.

Une maman demande :

JUSQU'A QUEL AGE UN ENFANT PEUT FAIRE DES CAPRICES ?

La réponse fera rire les parents :

- Comme il a été vu au tout début de la rencontre, nous faisons des caprices, même une fois adultes ! Les "caprices" dont vous parlez, avec répétition de la demande, crise d'hystérie etc.. disons que l'âge de raison, soit 6/7 ans, est une période où cette forme de réclamation de plaisir immédiat est bien moins fréquente, parce que l'on peut davantage expliquer à l'enfant et celui-ci a de son côté muri.

Pour celles et ceux des parents qui ont un enfant entre 6 et 8 ans qui se roulerait encore par terre ou piquerait de grosses colères afin d'obtenir ce qu'il veut, je pense qu'il faut alors vous demander quel travail auprès de votre fille ou votre fils vous n'avez pas fait. Et je tiens à souligner que tout peut se rattrapper.

Dans ce type de situation, vous vous apercevrez très vite que votre enfant a ce comportement parce que vous n'avez pas su dire "Non" de temps à autre.

En nous plaçant du côté des enfants, il leur est d'autant plus difficile par exemple, d'apprendre à patienter, à attendre, parce que nous, parents, avons la fâcheuse habitude de leur dire, précisément : - Attends.

- Attends, je dois éplucher les légumes... Attends, il faut prendre ton bain d'abord... Attends, ta soeur finit ses devoirs, etc..

Vers 3 ans les enfants, lorsque nous leur demandons de venir diner, ou d'aller dans la baignoire, nous répondent assez facilement : (et les parents s'exclament en riant, chacune et chacun s'y reconnaissant là encore) : - Attends !

COMMENT DEVANCER LE CAPRICE ?

Face à cette question prononcée par une maman, nous avons plusieurs possibilités, sachant que toutes supposent d'oser (d'assumer?) être adulte :

- Prévenir l'enfant avant d'entrer dans le magasin, que nous faisons des courses pour la maison, et qu'aucun jouet ou bonbon ne sera acheté parce que nous ne le pouvons pas, ou parce que nous avons juste assez d'argent pour faire les commissions.

- Dire à l'enfant qu'il va nous aider à bien ranger les aliments achetés dans le caddie, et pour les plus grands, leur confier la tache d'aller chercher par exemple une boîte de sucre, ou la confiture qu'il aime au petit déjeuner. C'est-à-dire donner une responsabilité qui les distraie et leur donne une importance.

Vous pouvez inventer vos propres manières de dire à l'enfant que vous ne voulez pas de caprice. Cela n'évitera pas l'enfant d'en faire, ne serait-ce que pour essayer, mais la gymnastique du refus vous deviendra plus aisée.

SAVOIR DIRE NON REND LE OUI PRECIEUX

Nos enfants ont besoin d'un cadre qui leur apprenne que tout ne leur est pas dû, d'ailleurs vous-même le vivez chaque jour. S'ils apprennent cela, ils deviendront des adultes capables de se confronter à la réalité.

Vous pouvez leur dire "non" et arrêter leurs caprices, le jour où vous direz "oui", cela aura pour eux un effet d'intense surprise, de vrai plaisir ou de bonheur.

Si vous dites oui en permanence, l'enfant croira avoir "tout" mais au fond, n'aura rien parce qu'il courra sans cesse après tout le reste qu'il n'a pas, c'est sans fin.

Si vous dites oui en permanence, vous risquez de vous mentir à vous-même, parce que l'on ne peut jamais donner "tout" à son enfant.

Vous dites oui aussi pour avoir la paix, au lieu de vous poser en tant que grande personne.

Vous dites parfois oui alors que vous n'avez pas les moyens. Alors l'enfant aura ce qu'il demandait, en ayant un plaisir très passager, PLUS un sentiment d'innocence puisqu'il a obtenu votre accord, même si, au fond, vous vous sentez un peu coupable.

Si vous êtes capable de dire "non", l'enfant apprendra que le "oui" est d'une grande valeur, que l'on ne peut pas tout acheter, tout avoir.

Et si l'enfant voit que quoi qu'il arrive, vous dites oui ou bien vous cédez, comme on ne change pas une équipe qui gagne, il gardera le même comportement, certain d'avoir gain de cause. Parce qu'il continue à son rythme d'enfant.

Cela fait penser à ce petit de deux ans qui demande un bonbon, à qui l'on dit : - UN seul ! L'enfant dit oui, je donne LE bonbon et l'enfant dit alors, en tendant les deux mains : - UN seul dans chaque main, ça fait UN seul !

(Eclat de rires et discussion entre parents).

Parole donnée, parole difficile à tenir ! Et si vous avez envie de rire devant l'intelligence de l'enfant, vous pouvez parfaitement le faire tout en ne cédant pas sur ce qui était convenu. Il est très important de donner du sens aux paroles.

Si vous ne tenez pas votre parole, l'enfant n'apprendra pas à tenir la sienne. Montrez-lui le chemin en ayant pour vous même cette exigence.

C'est un sujet d'autant plus important que le caprice est une plante vivace. A l'adolescence vous aurez de nouveau le même genre de difficultés : pour un portable, une paire de chaussures, un vêtement, un débordement de forfait de portable, l'heure à laquelle rentrer en dernier délais lors d'une sortie, etc..

L'exigence de l'enfant aura changé de forme, sera plus rusée. En tout cas, si lorsqu'il avait 3 ans vous avez su mettre un cadre, et bien cet adolescent saura à peu près où sont vos limites.

La règle de la maison, qui est la votre, donc la règle de VOTRE loi, sera un terrain connu de l'enfant.

CAPRICES ET PLANTES GRIMPANTES, MEME COMBAT


*** Une maman : - J'ai entendu dire que l'enfant ne fait de caprices que s'il sait que cela va marcher. Il a généralement essayé et a eu gain de cause. La plupart du temps, les caprices sont pour obtenir de petites choses. Est-ce vrai ?

Je pense que oui. Toutefois je crois aussi que tous les enfants vivent le caprice au moins une fois ou deux, par frustration du plaisir manqué. Ce qui veut dire que spontanément, comme un acte incontrôlable et qui les dépasse, tous les enfants deviennent fort tristes ou en colère de se heurter à un refus pour une chose qu'ils voudraient immédiatement.

La colère de l'enfant déclenchée par votre "non" est une bonne colère. Il reste à l'enfant à apprendre à gérer cette colère dont il n'obtiendra rien de plus.

Il est certain que si les parents lâchent du lest, l'enfant réitèrera ce comportement.


*** Une autre maman dit qu'en ce qui concerne les magasins, elle n'a pas cédé la première fois, le regard des autres ne la gênant en aucune manière, si bien qu'une fois après avoir dit "non" à son enfant, la tentative des caprices ne marche pas.

Pourquoi je ne fais pas ce que je veux


***Une autre maman explique avec beaucoup d'émotion qu'il lui aura fallu les 3 premières années de sa fille pour changer radicalement de comportement.

- Je lui apportais depuis toujours, chaque jour, une petite chose, une surprise, à la sortie de l'école. Et puis après ces rencontres, j'ai vérifié qu'elle ne manifeste aucune joie, pas de surprise. Donc... C'est difficile.. Mais donc.... je vois bien, c'est vrai, qu'en croyant tout lui donner, je ne l'aide pas à grandir parce que mes "surprises", elles n'en sont pas pour elle.

Cette maman digère son émotion et dit combien elle s'aperçoit que sa joie d'avoir pensé à acheter à sa fille une toute petite chose n'est pas partagée. Il n'y a pas le même enthousiasme en retour, l'enfant semblant presque indifférente puisque ce rite est devenu une habitude sans intérêt pour la petite-fille, qui prend la chose "pour faire semblant d'avoir du plaisir" mais la délaisse.

Cette maman reconnaît également que les rencontres sur un thème entre parents lui ont permis de réfléchir sur sa manière de faire, et qu'elle en a parlé à sa fille, lui disant qu'elle avait décidé de ne pas tout lui donner. Pour son bien.

L'émotion vient du fait qu'elle se sent encore un peu déchirée entre son envie de rendre sa fille heureuse, ne manquant de rien, et qu'au fil du temps elle s'aperçoit qu'en faisant ainsi, sa fille ne deviendra pas quelqu'un de bien.

Je fais remarquer à cette maman qui a énormément travaillé sur elle, qu'ils ont un autre petit, un garçon, et qu'il semble très précieux qu'elle réagisse maintenant, parce que le caprice engendre souvent de la jalousie et du mimétisme entre frères et soeurs.

Un papa, silencieux jusqu'alors, dira, très justement :

- Parfois, on cède aux caprices de nos enfants parce que nous.. Nous avons manqué de quelque chose, de beaucoup de choses, et alors nous voulons.... Nous voulons lui donner ce que l'on a pas eu à son âge.

HA LALA, CETTE CULPABILITE !


*** Une jeune femme évoque le cas d'un enfant sortant sans cesse des cartes de sa poche, pour jouer avec, évidemment, et ce malgré la consigne de l'adulte. Dans cette situation, il ne s'agit pas d'un "caprice" : Les cartes sont à lui, il ne réclame rien, il a envie de jouer.

Cette jeune femme, stagiaire mais future enseignante, a confisqué les cartes à l'enfant.

Peut-être qu'en négociant, l'enfant se responsabiliserait sans se sentir coupable exagérément : - Si tu as trop de mal à respecter la consigne, confie-moi tes cartes. Si tu te sens capable de les garder dans ta poche, réfléchis. Pense-y et puis choisis ce que tu préfères.

Sur ce mauvais exemple de caprice, cette jeune femme permettra aux parents de dire qu'en effet, dans le cas où ils ne satisfont pas au caprice à la demande pressante de l'enfant, ils se sentent coupables, parce que l'enjeu est affectif.

La culpabilité est diverse : nous nous sentons coupables de sa tristesse et tristes d'avoir provoqué sa colère, voire même nous finissons parfois par lui en vouloir d'avoir déclenché une situation aussi compliquée.

Il existe de nombreuses mamans qui attendent le retour du père pour remettre la scène en jeu, lui racontant ce qui c'est passé, comme si la maman devenait une petite soeur se plaignant au grand arbitre de la maison. Ce qui en soit est assez injuste, le père rentrant par exemple du travail, et se trouvant très rapidement dans une position d'avoir à donner raison ou tort.

(l'ensemble des parents éclate de rire, les uns racontant de petites anecdotes aux autres).

Ce qui fait dire à une maman :

- Je me reconnais là, parce que je revois mon fils, allant voir son père pour lui demander ce qu'il n'a pas eu, de ma part, parce que j'avais dit "non", et il ment en prétendant que "Maman est d'accord".

Nous pouvons voir combien il est important que les parents soient cohérents quant au mode d'éducation et qu'ils soient également dans la communication.

QUAND LES GRANDS-PARENTS S'EN MELENT

Au bout de ce long temps d'échanges, une maman intervient, prise également dans l'émotion. Son mari est présent. Ils ont un enfant de 4 ans, qui est en permanence pris dans la séduction des grands-parents maternels, surtout la grand-mère, laquelle passe systématiquement derrière le "non" de la mère ou du père, pour donner à l'enfant ce qu'il réclame, que ce soit un jouet, de la nourriture, ou une sortie en voiture à 20 h alors qu'il doit aller à l'école le lendemain matin.

Le couple est de toute évidence douloureux face à la situation, la maman se sent désavouée, le papa ressent une difficulté à poser sa parole face à ses beaux-parents, parce que la seule solution qui lui apparaît est de se mettre véritablement en colère jusqu'à, pourquoi pas, mettre à la porte les grands-parents qui, malgré maintes demandes, outrepassent leur rôle.

Actuellement, l'enfant est assez grand pour chercher les faiblesses de chacun et il semble bien que ce papa doive soutenir sa femme quitte à provoquer une dispute en revendiquant haut et fort auprès des grands-parents, que ceux-ci n'interviennent plus lorsque la mère ou le père a prononcé un interdit à leur enfant.

Un autre père, s'adressant au papa du petit garçon de 4 ans, le confirme dans son envie, et lui dit qu'il ne voit pas d'autre solution, après des mois de tentatives inutiles de dialogue, que d'affirmer haut et fort son autorité auprès de la grand-mère.

QUAND L'OBJET DU CAPRICE PREND LE TAPIS VOLANT

Une maman explique des nuits fort difficiles actuellement. Son fils, âgé de 2 ans et demi, réclame, la nuit, des choses insensées, qu'il n'a évidemment pas, ce qui déclenche dans la maison et pour les voisins, des crises de colère assaisonnées de hurlement. La maman ne cède pas, l'enfant finit par transformer sa demande en rêve.

Cet exemple excellent amène l'une des solutions possibles : Rien n'empêche les enfants d'avoir l'envie, d'un jeu, d'une nourriture lorsque ce n'est pas l'heure, etc... Mais nous pouvons parfaitement en faire un jeu, et calmement, sans énervement, dire à l'enfant : - ET SI tu avais cela, qu'est-ce que tu ferais ? C'est-à dire mettre de l'imagination dans l'exigence de l'enfant et lui apprendre que ce que l'on a pas, on peut en rêver. On peut alors, aussi, lui parler de nos rêves, et l'assurer que même lorsqu'on est grand, on rêve d'avoir des choses que l'on aura jamais ou peut-être plus tard.

C'est alors qu'une maman a dit : - On peut alors dire à notre enfant : Je ne VEUX pas t'acheter ce jouet.

Sans aucun doute, ce "Je ne VEUX PAS" serait l'aboutissement d'une position adulte, bienveillante mais ferme, vis-à-vis de l'enfant.